Les démocraties, mais pas elles seules, sont dans les années 1930 affaiblies économiquement : la crise économique des années 30 a laissé des traces.
- En octobre 1929, le jeudi 24 octobre (le « jeudi noir ») se déclenche un Krach boursier avec la vente de 13 millions d'actions ; le 29 octobre, 16 millions d'actions sont à nouveau en vente. Dès lors, ces ventes massives entraînent une chute des cours (entre octobre 1929 et 1932, c'est 80% de la capitalisation boursière qui « part en fumée »). Ce Krach ruine des milliers de spéculateurs et met en difficultés de nombreuses banques. Il faut rappeler que ce krach ne tombe pas du ciel : en effet, dans les années 1920 en lient avec la croissance, les cours des actions avaient fortement augmenté par la spéculation et l'achat d'actions à crédit formant une bulle boursière avec des actions surcotées. Or dès les années 1927-28, on note un essoufflement de l'économie américaine avec une baisse de la demande ce qui va finir par inquiéter les spéculateurs. Ce krach a un impact désastreux sur les banques et le système financier puisque les banques devant l'affolement des individus sont confrontées à des retraits massifs des dépôts. Plusieurs d'entre elles font faillite : 640 en 1929, 1300 en 1930, plus de 2 200 en 1931. La crise devient économique : la consommation diminue entraînant une mévente des entreprises qui accumulent les stocks et voient leurs profits baisser. Les prix baissent, certaines entreprises font faillite et les productions chutent (d'environ 30% entre 1929-1932), des millions d'individus se retrouvent au chômage ce qui réduit encore plus la demande : la crise s'amplifie (on dit que la crise nourrit la crise). La crise est généralisé car l'onde de choc américaine touche les autres pays. Les pays d'Amérique centrale sont touchés parce que les importations américaines diminuent ce qui fait chuter les recettes des pays, une chute renforcée par la fermeture du marché américain à partir de 1931. La crise finit par atteindre l'Europe à la fin de l'année 1930 puisque les banques américaines ont retiré l'argent placé en Europe et qu'en plus exporter aux Etats-Unis devient très difficile. En 1930-31, la production industrielle allemande baisse de 25% et 3 millions de personnes sont au chômage.
- Les mêmes phénomènes concernent les autres états européens (avec retard pour la France, à partir de 1931).La crise se traduit par la chute des échanges (entre 1929 et 1933, la valeur du commerce mondial est passée de 68 milliards de dollars à 23 milliards) et des productions industrielles et agricoles. Avec cette crise mondialisée, les productions reculent très fortement comme la production d'acier qui passe de 120 millions de tonnes en 1929 à 50 millions en 1932 et surtout le chômage explose : en 1932, on compte 30 millions de chômeurs dans les pays industriels dont 12 millions aux Etats-Unis et 6 millions en Allemagne. Pour résoudre cette crise, les états optent pour des méthodes à la fois libérales et déflationnistes. Les taux d'intérêt baissent afin de relancer le crédit (ce qui a d'ailleurs peu d'effets). Surtout, les états décident de conduire des politiques d'austérité en voulant tout à la fois préserver les monnaies (pour eux avoir confiance dans une monnaie, c'est avoir confiance dans l'économie) et lutter contre les déficits publics. Les salaires sont baissés tout comme les dépenses publiques. Ainsi, en Allemagne entre 1930 et 32, le chancelier Brüning réduit les salaires et les prix de 10% mais aussi les allocations chômage de 50%. le gouvernement britannique fait de même tout en augmentant les impôts. Ce type de politique n'amène pas de résultats positifs et ne résout pas la crise. Par contre, en 1933, le nouveau président américain, Franklin Roosevelt, décide de conduire une autre politique inspirée par l'économiste anglais Keynes : le New Deal. Celui-ci repose sur un rôle accru de l'état qui intervient davantage dans l'économie par des grands travaux afin de lutter contre le chômage et des aides publiques pour relancer l'activité économique (voir plus bas). Cette politique ne permet pas non plus de résoudre la crise même si le chômage diminue quelque peu. Il faut attendre 1938 pour sentir une reprise sensible du commerce. Cette crise se traduit aussi par un chômage exceptionnel tant aux E.-U qu'en Europe et le développement de la misère. La crise affecte l'Europe notamment centrale en 1931 : Allemagne, Autriche... avec des effets politiques sur lesquels nous reviendrons et aucun pays européen n'y échappe.
- Le redressement économique mondial est partiel et inégal selon les pays. Les différents états réagissent de manière classique pensant que la crise ne peut être que temporaire et tardent à vraiment intervenir. Les différents gouvernements, américain, français ou allemand réagissent par des politiques de déflation (défense de la monnaie, équilibre des budgets...) peu efficaces notamment en voulant la stabilité monétaire ou en proposant des dévaluations afin de favoriser les exportations. Dans le même temps, il s'agit de restaurer les équilibres budgétaires dans le but d'éviter une trop forte inflation. Or ce type de politique ne donne pas de résultats positifs concernant la baisse du chômage, la lutte contre la pauvreté... La dépression des années 1930 montre des dirigeants globalement incapables de penser autrement l'économie et d'apporter des solutions novatrices. Ces éléments expliquent la durée de la dépression et le redressement limité, un redressement s'opérant tardivement.
- Les E.-U sous l'impulsion de F. Roosevelt, qui s'appuie partiellement sur les théories de Keynes, opèrent à partir de 1933 un changement net de politique avec la mise en œuvre du New Deal , ce New Deal est fondé sur un rôle accru de l'Etat par des crédits publics, de grands travaux...L' Etat a pour fonction de relancer la machine économique et de lutter contre le chômage (Le New Deal n'empêche pas la dévaluation du dollar début 1934). Les conséquences du New deal ne sont pas si simples à évaluer : on peut évoquer une réussite incomplète ou un échec relatif. En termes quantitatifs, dans de nombreux secteurs, le niveau de 1929 n' est pas retrouvé. Si on prend pour l'année 1937 l'indice 100, l'année 1929 est à 96 pour la production industrielle et l'année 1939 également ; la production automobile est moindre en 1939 qu'en 1929... Toutefois, le chômage a diminué passant de près de 12 millions de chômeurs en 1932 à 8,8 en 1939.Les grands travaux ont permis d'améliorer les infrastructures du pays. En 1939, quelque soit l'opinion portée sur le New Deal, les E.-U n'ont pas totalement retrouvé le niveau économique d'avant 1929.
- Le Royaume-Uni est lui aussi secoué par la crise et la dépression : on peut considérer que cette période des années 30 clôt un cycle déjà amorcé de déclin économique. Ces années sont des années de perte de valeur de la monnaie, d'un chômage important... Les gouvernements anglais utilisent les mêmes méthodes que les autres : dépréciation monétaire, retour au protectionnisme... L'économie britannique a néanmoins un peu mieux encaissé le choc de la crise que les autres en particulier les E.-U et l'Allemagne. On constate un léger redressement économique à la fin des années 30 : la production industrielle est supérieure de 30% à celle de 1929. Par contre, le commerce extérieur ne retrouve pas le niveau d'avant 29.La France subit la crise plus tardivement que les autres à partir de la fin de l'année 1931. Ce retard s'explique par une économie moins ouverte que les autres grandes économies. Mais une fois la crise présente, les productions baissent, le chômage augmente pour atteindre 500 000 individus en 1936. Jusqu'en 1936, les différents gouvernements mènent des politiques déflationnistes peu efficaces et n'empêchant pas ni le chômage ni la baisse des revenus. Le Front populaire va tenter en 1936 de changer la donne par une série de réformes (hausse des salaires, baisse du temps de travail...) mais les difficultés économiques persistent. L'économie ne commence à reprendre qu'en 1939 : année où le chômage baisse et la production industrielle reprend. Mais la France n'a pas retrouvé son niveau économique de 1930.E.-U, Royaume-Uni, France, aucune de ces puissances n'est parvenue en 1939 à retrouver le même niveau de puissance économique qu'en 1929 et ce quelque soient les méthodes utilisées. Cet état de fait peut s'expliquer par une économie mondiale en difficultés.
- Les échanges mondiaux sont très impactés par la crise et la dépression : il y a une véritable contraction du commerce international. La valeur du commerce mondial passe de 68 milliards de $ en 1929 à 25 milliards de $ au début de l'année 1933. Cette baisse s'explique par la chute des cours de multiples produits et par des politiques protectionnistes. Les importations n'ont cessé de diminuer quelque soit le pays ce qui traduit un repli sur soi. Parallèlement, il devient plus compliqué d'exporter. Dès lors, il est logique que la période des années 30 ne soit pas une période bénéfique pour le commerce mondial : c'est un repli généralisé signe d'un arrêt temporaire du processus de globalisation. Dans de nombreux pays et pas seulement en Europe, les marchés intérieurs se sont effondrés comme au Mexique, au Brésil ou au Japon. Dans l'incapacité de payer des biens manufacturés importés, ils furent dans l'obligation de produire ce qu'ils importaient (ce qui était d'ailleurs une chose positive). Ainsi, un état comme le Japon devient presque autosuffisant dans la production textile
- Une telle crise ne pouvait qu'entraîner un protectionnisme et des logiques protectionnistes : ce dernier paraît être le seul recours possible pour lutter contre la crise. Les différents Etats augmentent les tarifs douaniers comme les E.-U en 1930 (tarif Hawley-Smoot faisant passer les droits de douane de 38 à 59%) ce qui pénalise leurs partenaires commerciaux comme le Canada ou les états sud-américains) et imposent le contrôle des changes (Allemagne en 1931). Même l'Angleterre longtemps apôtre du libre échange met en place un tarif douanier afin de protéger son marché intérieur (Import Duties Act). Pour les puissances coloniales, cette période leur permet d'atténuer la crise car les colonies servent de débouchés. Le Royaume-Uni signe des accords (les accords d'Ottawa en 1932) par lesquels les dominions du Commonwealth s'engagent à opter pour les produits anglais par des préférences de tarifs. Quelques états tentent d'aller plus loin encore : c'est le cas de l'Italie fasciste ou du Japon qui optent pour l'autarcie. Il faut signaler que la France tente de réorganiser son commerce en donnant priorité aux colonies : en 1938, ces dernières absorbent 27% des exportations françaises ce qui n'est pas négligeable.
- En 1925, le Royaume-Uni avait rétabli la livre à sa parité d'avant la guerre 14-18 tout en rendant sa monnaie convertible en or. Les difficultés économiques contraignent les Britanniques à abandonner l'étalon-or en septembre 1931 ce qui rend la livre sterling plus instable : la livre devient une monnaie flottante. Le Royaume-Uni décide de créer une zone Sterling à laquelle adhèrent les états du Commonwealth (sauf le Canada), les états d'Europe du Nord, la Grèce mais aussi l'Egypte, l'Irak... Ces états adhèrent à la zone sterling pour tenter de préserver leurs échanges avec le Royaume-Uni.L'étalon- or que les états capitalistes avaient adopté n'était plus viable.
- La conférence de Londres de juin 1933 est une tentative pour retrouver une stabilité monétaire mondiale (60 pays y participent). Or cette conférence échoue et aboutit à la formation de zones monétaires entrant en concurrence : zone sterling (Royaume-Uni, pays du Commonwealth, Brésil, pays scandinaves) , zone dollar (E.-U., continent américain, Philippines) et des pays qui veulent le maintien de l'étalon-or comme la France, la Belgique ou les Pays-Bas formant ainsi le bloc-or ou encore les blocs monétaires des pays autoritaires comme le Japon et son bloc yen. Ces évolutions traduisent l'incapacité des différents Etats à s'accorder sur une politique monétaire : cette incapacité est révélatrice d'un monde clivé.
- Bilan : Pour reprendre ce qu'affirme une historienne américaine, Joyce Appleby, dans son ouvrage : Capitalisme, histoire d'une révolution permanente, la Grande dépression et la sévère crise économique s'explique par deux faits : les firmes et entreprises étaient de plus en plus « liées au marché mondial » et de nombreux individus optaient pour vivre et travailler dans des « centres urbains industriels ». L'incapacité des dirigeants à régler la crise a aussi posé problème. Le Royaume-Uni, longtemps l'économie dominante ou encore les E.-U n'ont pas été en mesure de trouver des solutions efficaces. Cette grande dépression a eu également des effets politiques notamment en Allemagne favorisant le développement du nazisme sur lequel nous reviendrons juste après.



